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Avant de nous engager dans l'analyse des contes d'Edgar Poe, nous écrivions: « Les œuvres littéraires et artistiques des hommes révèlent leur plus intime psychologie, et sont édifiées, ainsi que Freud l'a montré, à la façon des rêves de nous tous. Les mêmes mécanismes qui président à l'élaboration, en un rêve ou un cauchemar nocturnes, de nos désirs les plus forts bien que les plus cachés — et souvent pour notre conscience les plus repoussants — président à l'élaboration des œuvres d'art. » Par ailleurs Freud, dans La création littéraire et le Rêve éveillé (2) a montré le lien qui relie le rêve éveillé de l'adolescent ou de l'adulte — si proche parent du rêve endormi — au jeu de l'enfant, lesquels sont tous deux des réalisations fictives de désirs. Il nous y a fait aussi saisir la ressemblance du rêve éveillé à la création littéraire, en laquelle les désirs profonds, infantiles, archaïques, inconscients, de l'artiste, trouvent, sur un mode fictif et plus ou moins déguisé, à se satisfaire. Suivant leur plus ou moins de subjectivité, les œuvres littéraires pourraient alors se ranger comme le long d'une échelle. A une extrémité se trouveraient les œuvres, telles celles d'un Zola ou d'un Maupassant, où la personnalité de l'auteur semble souvent disparaître, se borner au rôle d'un spectateur devant lequel défileraient les autres hommes; ce sont pour ainsi dire des œuvres de « voyeurs » de génie; certaines rêveries éveillées d'exception leur ressemblent, malgré l'opposition qu'elles paraissent de prime abord présenter avec le rêve ou la rêverie en général. Il resterait d'ailleurs dans chaque cas à voir jusqu'où la scission de la personnalité de l'auteur,