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C'est un grand diable d'adolescent de dix-neuf ans, vigoureusement charpenté. Il a cette allure un peu balourde des jeunes chiensloups auxquels leurs pattes trop grosses donnent l'air d'être montés sur pneus Confort. La première fois que nous prenons contact, il est accompagné de sa mère. C'est une femme toute menue, qui porte guimpe. Visage ascétique et pâle, ravagé par l'exercice de la vertu. Aspect sévère, austère, tempéré par un sourire crispé, non dénué de bonté et de douceur. C'est visiblement une femme très bonne, quoique dévote, et qui a souffert. Lui se tient auprès d'elle comme un adolescent coupable, le regard en déroute, un pli anxieux et la sueur au front.
La mère m'expose l'histoire lamentable de son fils. C'est aussi l'histoire de sa pauvre vie. La mort de son mari, après de longues et pénibles années de petite voiture, l'a laissée seule à la tête de trois enfants à élever. Il faut faire des prodiges d'économie et parvenir à donner aux enfants une éducation en rapport avec la profession libérale du père. Ces difficultés sont surmontées avec courage.
Le fils fera donc des études. Il est placé, en Suisse, dans un collège de Jésuites. Les études vont cahin-caha, non que l'enfant ne soit doué, mais parce qu'il a beaucoup de mal à fixer son attention. Il a parfois des sortes de révoltes contre ses maîtres, inattendues et difficiles à comprendre.
Vient, péniblement, le moment de se présenter au bachot. Il a la certitude d'y échouer. Il doit échouer. Quelques jours avant les examens, tandis qu'il fait des revisions en se promenant dans le jardin de leur maison de campagne, il est pris soudain d'une terreur panique, se rue vers la maison en poussant des hurlements