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Mesdames, Messieurs,
Chacun connaît cette expression devenue banale à force d'être répétée : « La magie de l'art ». Certes, on ne sous-entend point par là, que l'art soit uni par quelque lien occulte avec l'ancienne science des mages. Aussi bien notre époque, éprise de connaissances rationnelles et férue de déterminisme, ne se soucie guère des faits qui déroutent la logique. Mais si la magie a disparu en tant que science, le mot du moins est resté, le mot qui garde encore comme un reflet du sens redoutable qu'il eut autrefois. Et c'est pourquoi, sans doute, nous aimons à l'employer quand nous nous trouvons devant certains états particulièrement rebelles à l'analyse. Or, n'est-ce pas justement l'usage qui en est fait ici quand nous parlons de la magie de l'art ?
Car qu'entendons-nous au juste par la magie de l'art ? Est-ce cette émotion qui nous saisit à la vue d'une œuvre belle, est-ce ce souffle d'enthousiasme que nous ressentons parfois en écoutant tel drame lyrique ou telle tragédie antique ? Certes, chacun de nous a connu cet étrange pouvoir des grandes œuvres et chacun sait le profond retentissement qu'elles peuvent avoir sur nous. Mais si nul ne doute de ce pouvoir, nul aussi n'a réussi à en expliquer rationnellement le mystère, nul enfin n'est parvenu à le mettre en syllogismes, si bien que l'on peut dire, qu'à la manière de la magie de jadis, les grandes œuvres de l'art agissent par une sorte de force occulte sentie, mais non pas expliquée. Et l'on peut se demander alors s'il n'y a pas quelque chose de plus qu'une heureuse image littéraire dans l'association de ces deux mots art et magie.
Or, c'est précisément la question que je voudrais envisager dans cette conférence : il semble bien, en effet, qu'au fond de toute activité esthétique, on puisse dégager une sorte de croyance (ou mieux peut-être, de postulat) qui n'est pas sans analogie avec celle que