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Mesdames et Messieurs,
Vous connaissez peut-être le livre aussi charmant qu'amusant de Samuel Butler, Erewhon, dont le titre est l'anagramme du mol anglais « nowhere ». Dans ce pays imaginaire, où nous transporte l'auteur, les événements se déroulent au rebours du sens qu'ils prennent normalement. La maladie, par exemple, est punie, tandis que la criminalité est traitée médicalement. Il peut ainsi arriver que la mère gronde sa fille, qui a de nouveau mal à la tête, en ces termes : tu vas encore nous créer des histoires avec le procureur, avec ton mal de tête continuel ; ou que le banquier qui a de nouveau escroqué l'argent de sa clientèle, confie à sa femme qu'il va enfin être obligé de suivre un traitement médical. Les idées de ce roman n'amusent pas seulement le lecteur parce qu'elles semblent renverser le monde. Elles l'impressionnent particulièrement parce que ces exagérations ironiques contiennent un fond de vérité psychologique remarquable. Chacun de nous sait ou se doute au moins, que bien des symptômes de maladie ont un caractère fortement agressif, dirigé contre le monde extérieur, et on réagit envers elles avec impatience. Il en est à peu près de même pour la criminalité. Quoique nous punissions le criminel, notre sentiment d'équité est souvent hésitant et nous sentons que, dans beaucoup de cas, on pourrait faire quelque chose de plus raisonnable et de plus juste pour lui que de l'enfermer dans une cage.
La peur et l'inquiétude devant le fait qu'il existe des hommes qui ne respectent pas la loi, ainsi que la tendance du bon et du brave bourgeois à s'écarter de ces éléments, nous a valu la biologie criminologique. Le sentiment de responsabilité de la société envers les individus qui trébuchent, qui au fond n'est que son ressentiment