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Le psychanalyste qui lit cette copieuse étude sur le monde mythique des Australiens et des Papous, se sent davantage poussé à faire un commentaire qu'un résumé de cet ouvrage. En effet, on lui révèle un monde de faits qui appartiennent à l'inconscient collectif, chacun d'eux soulève un grand nombre de problèmes, et la seule explication qu'on nous donne est la suivante: nous ne comprenons pas ces gens parce que nous les regardons avec une attitude logique, alors que ces gens vivent dans une attitude mystique.
L'extrême prudence de M. Lévy-Bruhl ne le conduit même pas à comparer la pensée du primitif à celle de l'enfant ou du névropathe. Assurément que des réserves s'imposent, mais celles-ci établies, de quelles lumières ne pourrait-on pas éclairer les savants documents qui nous sont présentés!
Il ne peut être question de rechercher ici le sens symbolique des principaux mythes australiens. Par contre, en analysant les particularités de la pensée autistique des primitifs, Lévy-Bruhl nous rend un grand service, et, comme Piaget, il nous fournit une série de renseignements utiles sur les premiers stades du moi.
Nous retrouvons chez nos malades un grand nombre d'attitudes mentales qui caractérisent la pensée du primitif. Prenons quelques exemples. Notre notion du temps est dense de souvenirs que nous arrivons à situer chronologiquement les uns par rapport aux autres. Cette façon d'envisager le temps, nous l'employons non seulement pour notre vie, mais aussi pour l'histoire. Les primitifs, au contraire, parlent des anciens et d'eux. Leurs souvenirs sont confus et vagues; ils s'ordonnent mal chronologiquement. De là cette absence de l'idée d'évolution ou de progrès, cette inconscience des transformations que subit l'être.
Or, nous observons cette même inconscience du progrès chez beaucoup de nos malades. Au cours de leurs premières séances d'analyse, il leur semble qu'ils n'ont pas de souvenirs, qu'ils n'ont pas non plus de pensées. Ces personnes subissent la vie plus qu'elles