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Depuis la publication de Totem et Tabou de Freud, les psychanalystes ne sauraient rester indifférents aux travaux des ethnographes concernant
ce sujet. Le livre de Lord Raglan est riche en documents, empruntés aux meilleures sources. Il nous montre d'abord la variété des exogamies: pour un Ashanti, c'est un crime d'épouser une femme du clan de sa mère, pour aussi éloignée que soit la parenté, tandis qu'il est enjoint d'épouser la fille de la sœur de son père. D'autre part, dans le sud de l'Inde, par exemple, l'homme ne doit pas épouser une femme du clan paternel, mais il épouse souvent la fille de sa propre sœur.
Au chapitre suivant, l'auteur montre que prétendre que la consanguinité conduit à la dégénérescence est un dogme infirmé par les observations scientifiquement menées. Il rejette aussi l'assertion de Malinowski que les mammifères supérieurs mâles se conduisent en bons pères. Mille exemples prouvent le contraire. Lord Raglan s'élève ensuite contre l'abus du mot instinct, et notamment contre l'opinion de Westermarck, Holbhouse et Lorrie qui prétendent que l'homme a une horreur instinctive de l'inceste.
En discutant les théories si intéressantes d'Atkinson, Lord Raglan est certainement injuste. Il prétend qu'il n'avait pas d'informations sur la vie des singes, et pourtant les études récentes de Zukermann confirment les vues d'Atkinson. De même, Raglan cite des faits tendant à démontrer que l'homme primitif n'est pas jaloux, alors qu'on pourrait lui opposer toute une série d'autres faits tout aussi probants à l'appui de la thèse contraire.
C'est avec un esprit fin, mais pas toujours impartial, que Raglan passe en revue et critique les théories de Mc Lennan, de Briffault, de Frazer, de Marett, de Malinowski. Six pages sont consacrées à exposer les idées de Freud et à les démolir. Si beaucoup de critiques témoignent simplement d'une grande incompréhension des phénomènes inconscients, il faut cependant reconnaître que Freud a dramatisé plus qu'il n'était nécessaire