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Dans cet excellent article adressé à de non-analystes, de Saussure propose, en termes du conscient, huit principes permettant de caractériser le comportement de l'individu normal. L'auteur se place du point de vue du psychothérapeute, qui doit se rendre compte aujourd'hui que la disparition d'un symptôme n'implique pas la guérison et qu'un travail de reconstruction « du dedans » s'impose à lui, s'il ne veut pas se contenter de palliatifs. Le problème est donc l'établissement des critères de la conduite normale.
De Saussure commence par faire une incursion dans la pensée des moralistes depuis Platon. Tous préoccupés du problème de la norme, ils se sont efforcés d'en déterminer les lois dont l'évolution est intéressante à suivre. Il se dégage de cet aperçu que « nous devons vivre en fonction de nous-mêmes » en recherchant notre plaisir et notre bonheur (Epicure et les utilitaires), « que ce plaisir doit être recherché en conformité avec nos tendances naturelles » (les stoïciens), qu'il faut vivre « en prenant l'accroissement de la vie comme but de notre conduite » (Guyau). Enfin, suivant les positivistes français (Littré), on. « ne déroge pas au principe de vivre en fonction de soi-même » lorsqu'on satisfait à l'altruisme, car en vérité, l'altruisme est une tendance naturelle. Ce passage, pris dans Fouillée, est tout à fait remarquable: « Selon Littré, les sentiments égoïstes et altruistes, d'où dérive toute la morale, ne sont que la transformation des deux tendances essentielles à tout être vivant. Pour trouver les origines organiques des phénomènes moraux, il faut aller jusqu'à la trame de la substance vivante, en tant qu'elle s'entretient par la nutrition et se perpétue par la génération … Cette substance vivante à des besoins, s'ils ne sont pas satisfaits, elle périt soit comme individu, soit comme espèce. Quels sont donc les besoins primitifs et irréductibles de la substance vivante? Il y en a deux: il faut d'abord que la substance vivante se conserve, et pour cel