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La famille est une réunion de gens qui se détestent et qui sont obligés de vivre ensemble.
« Poil de Carotte» (1).
Les enfants n'ont pas de plus redoutables ennemis que leurs parents.
En vain cherché-je à me défendre d'introduire un élément affectif dans un examen qui par excellence requiert une sereine objectivité. Je ne me rassure qu'à demi en me disant que nulle opération intellectuelle n'est exempte d'affectivité, et que cette affectivité est faite, précisément, de tous les automatismes engendrés, dès la naissance, par les interréactions des individus qui constituent le groupe familial.
Cela me met cependant à l'aise pour oser, au risque de passer pour amer et pessimiste, ce qu'aux dieux ne plaise, commencer par une déclaration : il me paraît y avoir un mot de trop dans le titre de ce rapport ; il m'eût semblé plus naturel, c'est-à-dire plus conforme à la nature des choses, d'annoncer tout uniment, à la manière d'un maître des cérémonies : « Messieurs, la famille ».
Sévère ? Peut-être. A coup sûr fondé. Car enfin l'individu normal est une simple fiction, une invention de la psychologie spéculative. En pratique, il n'existe pas. Et d'ailleurs, s'il existait, disait je ne sais trop qui, il faudrait le soigner. Personne ne peut se flatter d'être en parfait accord avec lui-même ni avec la société. Si donc il n'y a pas d'individus normaux, nulle famille ne peut être exempte de névroses, puisqu'elle est un agrégat d'individus névrosés, et qui