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La thèse de l'auteur est qu'il n'y a pas de conscience, pas d'histoire psychologique avant l'apparition du langage. Les stades psychologiques que les psychanalystes ont prétendu décrire concernant les premiers mois de la vie sont donc, pour M. Sengès, la « traduction fabuleuse d'une histoire évanouie dans l'inconscient ». Les doctrines que les psychanalystes ont laborieusement construites d'après des données diverses et convergentes ne sont d'ailleurs pas combattues autrement que par celte suppression dogmatique de toute psychologie avant l'ère linguistique. Là où il n'y a pas de psychisme, la psychologie perd évidemment ses droits. Mais la thèse de M. Sengès est-elle aussi solide qu'il le croit ?
Certes, cet auteur a profondément raison de marquer quel hiatus l'existence du langage crée entre le psychisme de l'homme et celui des animaux les plus proches de lui. J'ai pour opinion, depuis des années, que c'est par le langage que notre pensée est spécifiquement humaine; le langage seul permet à la pensée le mode lingui-spéculatif par où elle accède aux sphères les plus hautes. Mais cela veut-il dire que sans le langage il n'y ait pas de pensée du tout ?
Pour que la thèse de M. Sengès ait quelque cohérence, il faudrait qu'à la manière de ces philosophes du VXIIe siècle que combattait le bon La Fontaine, il considérât les bêtes et les enfants en bas âge comme de pures machines, absolument dépourvues de conscience. Celte attitude équivaudrait à nier l'existence de la pensée sensu-actorielle, ce qui est bien peu en accord avec cette connaissance introspective que M. Sengès invoque si souvent, avec juste raison, comme une source capitale d'instruction psychologique.
Dénier toute conscience aux animaux et aux bébés, c'est une position si intenable à la vérité que M. Sengès lui-même ne peut pas la tenir. A ces êtres, M. Sengès, malgré son vocabulaire biologique arbitraire et l'usage de celte happelourde verbale de « réflexes conditionnels », s'oublie à prêter des réactions « ém