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Tout d'abord, je vous prierai d'excuser la nature et le caractère théorique de mon rapport. Si je me suis décidé à vous le présenter sous cette forme, c'est que le problème même du masochisme a acquis ces derniers temps une ampleur et a suscité un intérêt considérables. Bien que conçu sous une forme théorique, j'espère que mon travail contribuera à élucider ce problème si épineux. Je ne partage pas l'avis de ceux qui considèrent que les recherches sur le plan théorique sont de vaines spéculations. Je crois en effet à l'importance primordiale des recherches dites désintéressées. Mais de plus, les conceptions théoriques ne manquent jamais d'avoir, sur le travail clinique et thérapeutique de la psychanalyse, une influence, favorable ou non. Dans le cas qui nous occupe ici plus particulièrement, il en est et il en sera certainement ainsi. Que ces quelques réflexions servent à justifier la forme de mon rapport.
Vous avez entendu l'exposé si clair et si complet de notre ami Nacht, qui a bien voulu se charger de traiter toute la partie clinique du sujet et qui s'en est brillamment acquitté, de sorte que je puis me permettre de n'y revenir qu'occasionnellement. Laissez-moi vous rappeler brièvement l'histoire des travaux qui ont abouti aux conceptions théoriques actuelles du masochime. Vous vous souvenez que Freud fut amené, dans son travail « Au delà du principe de plaisir », à établir l'hypothèse de deux pulsions primordiales auxquelles serait soumis tout ce qui est vivant : la pulsion de mort et la pulsion de vie, l'Eros, qui engloberait la sexualité et les instincts vitaux. Cette théorie, que son auteur lui-même considérait comme entièrement spéculative, eut par la suite une implication dans le domaine psychologique et clinique. Freud attribua dès lors aux pulsions agressives une place, une dignité à part dans la classification des pulsions. Il les détacha des pulsions du moi dans lesquelles il les englobait à cette époque (comme le remarque très justement M. Bibring), po