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Je reçois aujourd'hui une lettre d'un lecteur qui demande des explications sur la discordance d'opinions qui lui paraît exister entre le passage de ma conférence du 26 janvier 1937 où j'indique que l'élocution linguistique procède d'une couche subconsciente de la pensée (Revue française de psychanalyse, t. X, n° 1, p. 29) et le passage de mes observations sur le travail de M. Vélikovsky où je dis que la pensée inconsciente ne se déroule pas dans une langue (p. 75 de la même livraison).
Or, la contradiction n'est qu'apparente. Elle n'existe nullement dans mon esprit. Si l'on appelle « inconscient » toute la pensée qui échappe à la conscience effective, le domaine psychique ainsi désigné est vaste et divers.
La couche d'inconscient d'où émanent les rêves — couche que d'aucuns appellent spécialement « inconscient freudien » — est probablement semblable, dans ses grands traits, chez tous les hommes. Elle appartient essentiellement à la pensée sensu-actorielle, et se déroule, comme telle, au-dessous de la sphère du langage. Celui-ci n'est utilisé qu'occasionnellement, non pas à titre de trame, mais de ressource significative, comme dans les jeux de mots étudiés par M. Vélikovsky.
Au contraire, la couche inconsciente — (M. Freud dirait peut-être « préconsciente ») — où s'élabore la pensée linguistique appartient à la sphère de la pensée lingui-spéculative. Comme telle, elle est non seulement proprement humaine par cette nature lingui-spéculative, mais même proprement idiomatique dans son organisation structurale.
Il est donc, selon moi, juste de dire que le langage spontané procède de l'inconscient, car c'est bien sans effort conscient que la pensée s'y