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Je dois peut-ètre m'excuser si le sujet que j'ai choisi présente, au premier abord, une apparence frivole. En vérité, c'est une manifestation intéressante pour les psychologues et les psychanalystes, en raison du fort contenu affectif qu'elle renferme (et je m'en suis aperçu à l'enthousiasme avec lequel tous les adultes que j'ai interrogés à ce sujet ont retrouvé leurs souvenirs scolaires). En outre, il s'agit d'un phénomène collectif qui tient une place importante dans la vie de l'école. Pour les professeurs et surveillants, le chahut est un problème psychologique difficile, et devant lequel beaucoup se trouvent entièrement désarmés. Certains membres de l'enseignement en ont terriblement souffert. Il en est qui ont dù renoncer à leur carrière pour ce motif. Il en est d'autres qui, mème sans avoir jamais été chahutés, conservent pendant tout le temps de leur carrière une telle appréhension (on pourrait dire une telle phobie) du chahut qu'ils en sont véritablement incommodés. J'aì eu l'occasion, en particulier, de soigner un professeur qui, hanté par l'idée d'un chahut possible, en faisait la nuit d'affreux cauchemars et éprouvait, le jour, de véritables malaises à aborder certaines classes.
Si l'on tient compte que le chahut commence, pour les enfants, dès l'âge de dix ou onze ans, et peut se produire jusqu'à la fin des études supérieures, on remarque que, pendant un tiers ou même une moitié de vie, chacun de nous a été tenté ou sollicité par cette manifestation explosive, dont le caractère apparemment absurde, en tout cas irrationnel dans beaucoup de circonstances, demande â être approfondi psychologiquement.