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Depuis le remarquable article de Ludo van Bogaert sur la Pathologie de l'image de soi (Annales Médico-Psychol. 1934), les psychanalystes portent un intérêt croissant aux travaux que les neurologues écrivent sur ce sujet. Déjà en 1923, le psychanalyste Paul Schildev, aujourd'hui à New-York, avait montré l'intérêt que pouvait avoir pour nous ce genre d'études (voir P. Schildev: Das Körperschema. 1 vol., Berlin). Aujourd'hui M. Lhermite nous offre un magistral exposé des travaux dè ses collègues neurologues auquel il ajoute de nombreuses observations personnelles.
Nous portons en nous une image de notre corps; elle se forme lentement au travers de mille associations de nos sensations visuelles, tactiles ou musculaires. C'est elle qui explique l'hallucination de membres fantômes chez les amputés, car ces mêmes hallucinations peuvent survenir non plus à la suite d'amputations, mais de lésions de la moelle épinière ou de l'encéphale. Un phénomène tout aussi curieux est la disparition de notre image corporelle (l'asomatognosie totale) ou la projection dans l'espace de notre schéma corporel (l'héantoscopie).
Dans quelle mesure notre narcissisme partieipe-t-il à l'élaboration de cette image? Quels sont les rapports de notre schéma corporel et de l'image de notre moi psychique? Dans quelle mesure la genèse de notre schéma corporet nous aide-t-il à comprendre la formation de notre moi psychique? Jusqu'à quel point les phénomènes de désintégration de la personnalité s'accompagnent-ils de troubles de l'image du soi? Voici autant de questions qui nous sont suggérées par le savant ouvrage de M. Lhermite.
Nous regrettons que dans un domaine où neurologues et psychanalystes pourraient collaborer utilement, l'auteur se soit prononcé d'une façon si ambivalente sur la psychanalyse.
R. de Saussure