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« Employé dans un service de contentieux, je suis chargé par un tailleur d'aller recouvrer une dette de deux mille francs chez un créancier récalcitrant, miteux, de mauvaise foi et qui échappe à toutes les poursuites en changeant constamment de domicile. Cet individu s'appelle Abel Hermant. Je finis, après bien des recherches, par le dénicher dans une sale petite ruelle du côté de Plaisance. Il reconnaît avoir commandé et reçu deux complets du tailleur, mais il prétend qu'il ne peut rien payer. »
Tel est le rêve apporté par un homme de trente-sept ans, en traitement pour une grave névrose de caractère, avec forte homosexualité latente, dont le trait dominant est un comportement tout à fait pathologique à l'égard de l'argent. Il semble se complaire dans des embarras financiers dont il ne peut sortir, quelques réels efforts qu'il fasse. Car il déploie une grande activité, qui consiste à courir de tous côtés à la recherche d'expédients plus ou moins en marge du code, pour boucher les trous les plus voyants. Il s'occupe de contentieux, mais il est constamment obligé de se soustraire lui-même aux poursuites de ses clients parce qu'il bouche les trous avec les provisions qu'ils lui versent, puis néglige, pour aggraver sa culpabilité, les démarches qu'on lui a confiées.
En analyse depuis plusieurs mois, après une première rupture du traitement, pour non paiement, il n'a jamais versé un sou à son analyste et lui doit précisément, le jour où il lui apporte le rêve, la somme de deux mille francs qu'il est chargé de recouvrer.
Le rêveur est fort gêné de ce rêve et ne dit mot. Je le laisse mijoter dans son silence, attendant les associations qui me permettront d'établir l'analogie entre la situation du rêve et la situation réelle. Il ne parvient pas à vaincre sa résistance à parler et je lui viens en aide en lui demandant : « Ce M. Abel Hermant