You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Edouard Pichon était membre fondateur de la Société Psychanalytique de Paris ; il en fut aussi le président. Et c'est au nom de la Société Psychanalytique de Paris que je viens lui dire notre adieu.
Mais c'est aussi et surtout au nom de l'amitié que je parle. Non pour célébrer ses mérites scientifiques : nous le ferons ailleurs et de la manière qui convient à son œuvre si variée, si riche et surtout si originale. Je voudrais simplement, ici, chercher à effacer, l'affligeant souvenir de tout cet appareil funèbre autour de ce grand vivant en évoquant une dernière fois sa silhouette.
C'est presque une dérision de parler de grand vivant à propos d'un ami que je n'ai connu, depuis quelque trois lustres, que navré par la maladie. Mais le feu sacré de la recherche et du savoir le possédait à tel point qu'il parvenait à y puiser une impétuosité, une fougue qui n'étaient pas le moindre sujet de notre admiration devant cet être d'exception. Car à aucun moment son activité intellectuelle ne se relâcha. Et c'est là le miracle et l'exemple étonnant de Pichon, que cette inlassable activité productive dans une condition physique qui eût écrasé tout autre que lui.
Je le revois, lors de la première séance de notre Société à laquelle je fus introduit. Je revois ce cou décharné, ce teint bleui par la demi-asphyxie, et, dominant de haut cette misère physique, ce regard avide, attentif, tout pétillant de lumineuse intelligence, avec un pli malicieux au coin de la paupière fatiguée par l'insomnie.
Il était de tradition que le président en fonctions donnât d'office la parole à Pichon pour ouvrir les discussions. Car il n'avait pas son pareil pour animer un débat, susciter des controverses et, souventes fois, provoquer de vives joutes.
Pichon parlait. Il démarrait essoufflé. On voyait son cœur