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Des explorateurs, des voyageurs, des missionnaires, des ethnographes nous ont souvent rapporté la coutume, chez diverses peuplades, de l'excision ou clitoridectomie. Montaigne s'en étonna et cita, parmi les pires bizarreries des mœurs humaines, la « circonsion des femmes ».
Mais si cette coutume a été souvent relatée, ses raisons, voire ses rationalisations, sont restées obscures, et ses résultats, en ce qui louche la psychosexualité des femmes, semblent avoir fort peu intéressé les chercheurs.
On sait qu'en un temps, au xixe siècle, les chirurgiens européens, eux-mêmes, encouragés par l'inocuité opératoire due aux pratiques de l'asepsie, tentèrent la clitoridectomie en vue de « guérir » les petites filles affectées de masturbation excessive. On sait aussi qu'en général, dans ces cas, ces petites obstinées n'étaient nullement « guéries », et continuaient à se masturber. Des traités de chirurgie en passant le signalent, et ce fait me fut confirmé par le professeur Pinard, un jour où je l'interrogeais à ce sujet. Mais il ne put me montrer aucune femme ayant subi cette mutilation, la clitoridectomie ayant alors été abandonnée depuis longtemps à Paris.
Un jour, à Vienne, Freud me donna à lire un livre édité à Berlin : Neger Eros, par Félix Bryk, un voyageur ayant résidé en Afrique orientale. Il y avait étudié les mœurs des Nandis, une tribu habitant les pentes du mont Elgon. Il décrivait la manière dont les filles Nandies subissent l'opération destinée à les priver de leur clitoris : lorsqu'elles ont atteint la pleine nubilité, vers dix-sept ou dix-huit ans, une vieille femme leur brûle le clitoris avec une pierre chauffée au rouge. Félix Bryk cherchait à comprendre les raisons de cette cruelle coutume: les hommes Nandis, prétendait-il, cherchent par là à féminiser au maximum leurs compagnes en