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« Heureux les pauvres d'esprit car le royaume des cieux leur appartient ». Tout le monde connaît ces fameuses paroles de saint Mathieu. Il nous semble peut-être bizarre que la plus haute récompense que l'Eglise puisse donner soit réservée aux pauvres d'esprit, aux sots, aux ignorants. Et notre étonnement croît quand nous constatons qu'il ne s'agit pas ici d'une remarque isolée d'un apôtre, mais que, dans tout l'Ancien et le Nouveau Testament, on constate que l'ignorance est tenue dans la même estime. Dans les épîtres de saint Paul aux Corinthiens, nous lisons: « Mais si quelque homme est ignorant, laissez-le rester ignorant ». L'histoire d'Adam et d'Eve nous apprend que le paradis leur était donné à la condition qu'ils restassent ignorants. Mais s'ils contrevenaient à l'interdiction de toucher au fruit défendu, c'est-à-dire de voir et de connaître, ils s'exposeraient aux sanctions les plus effrayantes. On pourrait facilement citer des multitudes d'autres exemples. Mais ce serait inconsidéré d'en conclure que de tenir en estime l'ignorance fût une chose propre à l'Eglise ou à la religion. L'histoire du péché originel, par exemple, se retrouve, sous des formes variées à l'infini, dans les légendes asiatiques. Sur ce point, Roheim a donné des détails intéressants dans son travail « The Garden of Eden » (1).
Ce ne sont pas les sanctions infligées pour les crimes de voir et de comprendre, ni leur explication psychologique qui font l'objet de ce travail; Nous devons constater toutefois qu'une estime particulière de cette ignorance semble être commune à toutes les races humaines, à tous les niveaux culturels.
Dans le folklore, les mythes, les légendes, les contes et les