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La patiente, Mme E. T., femme de 34 ans, mariée depuis 9 ans, mais sans enfants, arrive inopinément chez moi au mois de décembre 1947, parce que depuis quelques semaines elle est de plus en plus « nerveuse ».
Elle se plaint de fatigue, ne montre plus de goût pour rien, pleure des journées entières, a des palpitations et une angoisse caractérisée de mourir d'une maladie de cœur ou d'un cancer. Plusieurs médecins ont été consultés, le médecin de famille, un gynécologue et un clinicien. Aucun d'entre eux n'a pu diagnostiquer quelque chose de spécial et c'est le dernier qui me l'a envoyée.
Au cours d'un interrogatoire ultérieur, le médecin s'aperçoit que le moment des premières plaintes a été mal situé. En fait la patiente ne se sent pas bien depuis un an déjà, et si elle réfléchit bien, elle peut déterminer le moment exact avec précision.
Cela a commencé par un mauvais rêve qu'elle fit en novembre 1946, alors qu'elle passait quelques jours chez ses parents en Allemagne. Sa mère, qu'elle n'avait plus vue depuis la guerre, lui souhaita de faire de beaux rêves, parce que le rêve que l'on fait lors de la première nuit que l'on passe dans la maison paternelle a des chances de se réaliser.
Elle rêva qu'elle avait sur la jambe une petite plaque noire qui était cancéreuse et se réveilla fortement angoissée.