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Un poète contemporain de la Suisse romande, M. X… (2), me raconte au cours de l'analyse le souvenir suivant de sa petite enfance, qu'il m'a autorisé à publier ici: « Ma mère m'avait conduit le soir à un spectacle forain sur la place du village. J'étais assis à côté d'elle. En regardant en l'air j'observais une famille d'athlètes, notamment un danseur de corde qui se balançait sur un trapèze. Le spectacle des mouvements de va-et-vient de cet homme si fort me fascinait, et me causait en même temps une véritable angoisse. »
Cet incident d'enfance est le plus ancien dont M. X… ait gardé un souvenir précis. Il avait alors trois ou quatre ans et se trouvait donc à l'âge où l'intensité du complexe d'Œdipe atteint son apogée. En fait, l'analyse a montré que le contenu de ce souvenir, si anodin à première vue, révélait des tendances œdipiennes avec un fort élément de curiosité visuelle. Lé petit garçon, bien installé auprès de sa mère, observait les évolutions de l'homme puissant. Fasciné par lui, il aurait voulu pouvoir s'élancer comme lui, prendre sa place, et il éprouvait en même temps une forte angoisse. Ce sentiment d'angoisse, bien que justifié en apparence par la situation périlleuse où se trouvait le danseur de corde, trahissait en réalité les tendances agressives inconscientes que l'enfant refoulait.