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L'examen critique [1] de ce que Pasche et Renard me font l'honneur d'appeler ma « doctrine » me suggère des réflexions de deux ordres. Les unes plus particulières se rapportent directement à leurs objections et leurs arguments, les autres de caractère plus général ont trait à la théorie psychanalytique et à ses concepts de base. Je saisis ainsi l'occasion qui m'est offerte par mes contradicteurs de poser à nouveau quelques problèmes qui me tiennent à cœur ; mais il ne peut être question, bien entendu, de les discuter dans cette brève réplique. Mon propos est simplement de les livrer à la méditation de mes confrères.
Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié la netteté, la correction et le ton convaincu des réflexions de ces deux jeunes confrères. Leur style est celui d'une bonne controverse ; il ne dérive pas dans la polémique, à une exception près toutefois. Cette exception, c'est l'attaque de Piaget et la négation de l'usage qu'un psychanalyste peut faire de ses enquêtes et conceptions, dont les résultats sont a priori révoqués en doute.
Voici quarante-cinq ans que j'applique la méthode de mon maître. Si l'âge est une dure épreuve, il comporte en revanche de précieux privilèges. Il autorise des « retours en arrière », source de retours sur soi-même. La discussion amorcée par mes contradicteurs m'incite à jeter un regard sur le passé. Pour en tirer la leçon je ne peux mieux faire que de consulter mon carnet de route.
Les analystes de la troisième génération n'ont pas vécu ce que je me plais à nommer l'ère héroïque de la psychanalyse. Les travaux de Freud, se succédant à vive allure et s'attachant à des sujets imprévus et toujours nouveaux, alertaient notre esprit et tenaient en haleine notre recherche scientifique ainsi que notre activité thérapeutique. C'était le beau temps (1) ! Dès lors voici plus d'un demi-siècle qu'une élite de disciples