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Je n'ai pas besoin, je crois, de vous convaincre de l'importance de mon sujet. Durant la première partie du xxe siècle l'humanité a souffert d'une intolérance croissante, se manifestant à travers des guerres mondiales et des persécutions raciales et politiques telles que pour les plus âgés et les plus optimistes d'entre nous elles semblaient appartenir au passé. Le psychologue peut donc regarder l'étude de la tolérance non seulement comme un thème intéressant mais comme un devoir nécessité par les événements tragiques de notre époque.
La tolérance, considérée comme état psychique, peut se placer entre l'amour, l'affection et l'admiration d'un côté, l'agression, la colère et la haine de l'autre. L'attitude d'esprit exprimée par la tolérance est évidemment moins positive et active que l'amour ou la haine. Les circonstances dans lesquelles la tolérance se manifeste sont néanmoins plus rapprochées de celles de la haine que de celles de l'amour. La tolérance implique une situation où il y a la possibilité de désagrément, désapprobation, désappointement, doute, anxiété, agacement, mais où, grâce à la tolérance, ces réactions sont contenues et empêchées de se manifester en émotions violentes et dangereuses. Du point de vue social la tolérance est une condition indispensable à la liberté, en tant que la liberté d'un individu est limitée par la tolérance des autres. D'autre part, la tolérance s'oppose aux préjugés qui, dans le sens généralement adopté par les psychologues, signifient des opinions défavorables formées sans l'examen impartial des faits. Cette considération nous prépare au fait que la tolérance peut impliquer une certaine capacité de suspendre un jugement ou une action, de souffrir le doute et l'incertitude, un sujet que je reprendrai plus tard. Cette acceptation du doute peut à son tour avoir une certaine relation avec