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(Conférence faite à l'Association des B'naï B'rith, le 28 janvier 1952)
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureuse de parler ce soir sous l'égide des B'naï B'rith, qui poursuit un si noble idéal de fraternité humaine, et dont mon maître Freud fut l'un des plus illustres membres.
Je m'en souviens : lorsque Freud dut quitter Vienne, après l'entrée des troupes de Hitler, je classai avec sa fille Anna, dès lors ma très intime amie, sa volumineuse correspondance. Nous trouvâmes souvent des lettres portant l'ea-tête des B'naï B'rith. Nous ne pouvions les garder… car les papiers que Freud emporterait avec lui en quittant l'Autriche passeraient par la censure nazie. Mais c'est à cette occasion que j'appris ce qu'est votre belle association et la signification qu'elle avait eue pour Freud.
Dans une allocution qu'il avait adressée aux B'naï B'rith, en 1926, lors de son 70e anniversaire, Freud avait rappelé qu'il y adhéra dès 1895, qu'elle fut la première devant laquelle il put exposer ses idées, et qu'il en suivit assidûment les réunions durant, plus de vingt années.
Je ne puis mieux faire que de vous traduire et citer une partie de cette allocution :
« Dans les années, dit Freud, qui suivirent l'an 1895, deux importants événements concomitants étaient survenus dans mon existence. D'une part, je venais d'acquérir les premiers aperçus sur les profondeurs de la vie instinctuelle humaine et j'y avais vu bien des choses capables d'en abattre l'orgueil, voire de faire peur ; d'autre part, la révélation de mes découvertes peu agréables eut pour résultat de me faire perdre la plupart de mes relations ; je me vis comme taboué, évité par tous. Dans mon isolement s'éveilla en moi la nostalgie d'un petit cercle d'esprits d'élite qui, en dépit de ma hardiesse, m'accueilleraient avec