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Il y a longtemps que j'attendais une étude analytique de la psychanalyse existentielle de Sartre et, comme elle n'est pas venue, je me suis décidé à l'envisager moi-même. Les lecteurs de Sartre, s'ils sont arrivés à la 722e page de L'être et le néant, n'oublient pas la finale de cet ouvrage. L'auteur y découvre avec précision l'emplacement de ses batteries, par un feu de barrage puissant contre les positions traditionnelles.
Nous essayerons de nous faire une idée de sa manière d'utiliser les données de la psychanalyse et de voir si ses propositions ne se résument pas trop souvent par cet aphorisme : « C'est ainsi, voilà tout » (646). Cela fait penser au : « Parce que ! », l'argument suprême du théologien Karl Barth.
Commençons notre prise de contact par l'une de ces phrases obsédantes qui reviennent obsessionnellement sous la plume de cet homme qui cherche l'affirmation de son être à travers l'angoisse d'une liberté sans cesse renaissante : « Le pour-soi est l'être qui est à soi-même son propre manque d'être. Et l'être dont manque le pour-soi, c'est l'en-soi. Le pour-soi surgit comme néantisation de l'en-soi et cette néantisation se définit comme pro-jet vers l'en-soi : entre l'en-soi néanti et l'en-soi projeté, le pour-soi est néant » (652). Commenter ce texte nécessiterait de répéter tout L'être et le Néant ; contentons-nous de tourner autrement cette formule en disant que le devenir est un projet ou un futur qui abandonne au passé ce qu'il était (en-soi) et au présent (pour-soi) ce qu'il est. Quel est donc ce projet d'être qui cherche à s'inscrire dans la dialectique du « tout coule » d'Héraclite ? Les psychanalystes estiment généralement et avec raison, sans doute, que nous sommes déterminés par notre passé, relativement à l'action exercée par les contenus inconscients et que, de ce fait, nous sommes libres, relativement à la disponibilité qu'a notre Moi de notre énergie intérieure. C'est, pourrait-on dire, exprimée en termes modernes, la formule de saint Augustin