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C'est un héritage qui me fut laissé, lors de l'envahissement de Paris, par un confrère juif auquel la prudence la plus élémentaire commandait de prendre le large, crainte de malentendu avec l'occupant. J'avais été appelé par M. le Pr Laignel-Lavastine, que je remercie, ici, de m'avoir si aimablement accueilli, dans le service psychanalytique de la clinique neuropsychiatrique de la Faculté de Paris, pour y assurer les consultations et prendre en mains des patients en cours de traitement qui se trouvaient à l'abandon.
C'est ainsi que je recueillis, dans un fond de tiroir, une malade internée dans le service ouvert de la clinique. Si je relate, en débutant, ce détail apparemment inutile, c'est à raison de la roublardise de cette patiente, qui chercha à tirer le meilleur parti de cette situation nouvelle, en interprétant de manière tendancieuse ce que lui avait dit mon prédécesseur et même en lui prêtant des propos qui tenaient certainement de la fabulation, car je savais que ce confrère connaissait bien son métier. C'est ainsi qu'elle essaya, naïvement, de m'engager sur une fausse piste en prétendant que son analyste lui avait dit qu'il y avait derrière son obsession-phobie un traumatisme sexuel.
Elle était internée depuis plusieurs mois et, fort intelligente, elle avait fait son profit de conversations entre les internes du service, conversations qu'elle suivait avec le plus vif intérêt tout en paraissant vaquer aux soins du ménage. Car elle avait toujours en main quelque chiffon à poussière ou quelque torchon de cuisine pour essuyer les tables de la salle à manger et surtout les couverts, pour des raisons qui ressortissaient directement à sa phobie.
Cette patiente, que dans mon for intérieur je baptisai Rana dès la première fois que je la vis, est une quadragénaire plus proche de la cinquantaine que de la quarantaine. De petite taille, quelque peu boulotte, sa tête sans cou me faisait irrésistiblement penser à un être