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Je parle en ami, au nom de ses amis.Serai-je digne de le faire en leur nom ?
(Le don de sa personne a dû être si divers à chacun de nous, à chacun de ceux qui l'ont approché, malades ou bien portants.)
Ce qui nous presse en ce moment, ce n'est peut-être pas autant le chagrin que la reconnaissance.
Car si nous sommes tous privés, et d'une façon qui nous paraît irréparable, ce qu'il nous a donné se dresse devant nous, en nous, avec plus de force que de tristesse.
Ce qu'il nous a donné sans le vouloir et peut-être sans le savoir souvent. Ce qu'il nous a donné en étant ce qu'il était : cet accueil des deux mains, des deux yeux, de toute sa personne qui venait à nous. Cet accueil immédiat et généreux, cet accueil sans compter. L'accueil de ces derniers mois surtout, dans cette belle chambre de l'avenue Soguel, où il a mené ses derniers combats chez les autres et en lui-même.
Le don de soi, il n'en a pas parlé ; il l'a vécu. (« C'est bien simple », dirait-il.) Envers ses malades sans doute, qu'il entourait de toute la sécurité de sa compréhension, qu'il soutenait de toute la fermeté de son attitude, qu'il encourageait de cette humanité qui rayonna de plus en plus de lui. Envers ses élèves qu'il formait avec une si impitoyable clairvoyance, mais avec un tact si délicat.
Envers ses amis enfin — envers nous ses amis auxquels il témoignait