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L'homme, dans l'ordre de la nature, est un être à part. Non pas au sens des vieilles théologies lui assignant une origine comme un rang supranaturels, mais du fait que, dans la série animale, dont il n'est que l'un des aboutissements, il est un animal social, à un degré inégalé sauf par les hyménoptères, cet autre aboutissement de l'évolution de la vie sur la terre.
Cependant, tandis que ceux-ci, abeilles, fourmis, termites, ont su plier la biologie des ouvrières ou des soldats à une utilisation rien que sociale, de par la castration qu'ils leur imposent dès le berceau grâce à des nourritures appropriées, l'homme, vu la faible fécondité de la femme, femelle mammifère, a dû, dans les diverses sociétés qu'il a édifiées, concilier les exigences instinctuelles de sa reproduction, de ses instincts sexuels, avec les exigences sociales de la vie en communauté, ce qui ne va pas sans restriction et sans souffrance.
Et pas seulement ses instincts sexuels. Mais aussi ses instincts d'agression. A l'intérieur des diverses sociétés où il est intégré, l'homme n'a plus droit à voler, à tuer, voire à trop nuire à son prochain, et ces dernières renonciations ne vont pas non plus sans souffrance, toute renonciation instinctuelle impliquant contrainte et douleur.
Ainsi, non seulement l'homme reste-t-il soumis, tels tous les vivants, à l'agression insuppressible des forces naturelles, fléaux divers, maladies, mort, mais il s'est infligé, par son organisation sociale, la souffrance supplémentaire de la répression de ses instincts.
Aussi de toujours les hommes ont-ils rêvé d'un monde meilleur que celui dans lequel ils vivent. On l'a situé dans le passé : l'âge d'or ou le paradis terrestre. On l'a escompté dans l'avenir : le paradis céleste des