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La situation de la médecine psychosomatique est paradoxale : on en parle beaucoup mais sans l'avoir au préalable définie, sans même être certain qu'elle existe en tant que discipline autonome. Les médecins, s'ils sont toujours plus fréquemment obligés de recourir à elle pour expliquer ce qui leur échappe dans l'étude des troubles fonctionnels, ne s'en méfient pas moins : n'est-elle pas une émanation inquiétante de cette psychanalyse qui reste pour la plupart d'entre eux un mystère, quand elle n'est pas un objet de scandale ou de dérision ?
Les psychanalystes, quant à eux, connaissent à la fois la médecine et la psychopathologie, ils possèdent tous les éléments nécessaires à l'étude des phénomènes psychosomatiques ; leur compétence ne pouvant être en cause, d'où vient que leurs comptes rendus soient si rarement satisfaisants pour l'esprit ? Ne serait-ce pas la faute d'une tendance à intégrer à leurs schémas habituels des structures pathologiques auxquelles ils ne conviennent pas ? L'hystérie de conversion est une affection qu'ils connaissent bien puisque les Études de Breuer et Freud qui datent de 1895 et Dora de 1905 en ont élucidé la structure. Si tous les symptômes somatiques à étiologie psychique pouvaient se plier à ce schéma, les choses seraient relativement simples, mais la pratique montre vite qu'il n'en est rien, d'où probablement le fait que les explications psychanalytiques des phénomènes psychosomatiques semblent plus ou moins en porte-à-faux.
On sait que Freud a décelé dans l'hystérie de conversion l'existence d'un conflit refoulé s'exprimant par le symptôme corporel de telle façon que son sens profond échappe à la conscience du malade. Au cours du traitement, s'il est possible de réduire le refoulement, le conflit devient conscient, son expression corporelle perd de ce fait