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Dans le tome I de son ouvrage consacré au psychodrame, Moreno parle de l'unique entrevue qu'il eut avec le Pr Freud, alors qu'il faisait un stage à la clinique psychiatrique de l'Université de Vienne. Le jeune étudiant qu'était Moreno, s'adressa au maître en ces termes : « Eh bien ! Dr Freud, je commence là où vous finissez. Vous rencontrez les hommes dans l'atmosphère artificielle de votre cabinet de consultation. Moi, je les rencontre dans la rue, dans leurs propres maisons, dans leur milieu naturel. Vous analysez leurs rêves. Moi je leur donne le courage de rêver à nouveau. Je leur apprends comment on peut jouer à être Dieu. » La citation s'arrête là. Impossible de savoir ce que Freud répondit à ce discours quelque peu grandiloquent. Mais il est permis de penser qu'en psychanalyste qu'il était, il se soit informé de la raison motivant l'hostilité latente, à peine cachée, du jeune Moreno à son égard. Ce défi, jeté en pleine figure par un étudiant inexpérimenté à un maître dont le génie est méconnu par un seul : Moreno, ce défi parle en faveur d'une motivation non fondée rationnellement, car un être raisonnable, en pareille circonstance, avant de prendre le contre-pied de son professeur, se serait informé avec un maximum de soins du bien-fondé des hypothèses et des découvertes de son maître.
Ce manque d'information psychanalytique se retrouve tout au long du travail de Moreno et diminue grandement la portée de certaines de ses innovations, par ailleurs fécondes et dignes d'attention.
L'attitude de Moreno illustre bien celle que l'on observe chez un bon nombre d'individus, lesquels sont obligés, pour parvenir à un résultat positif, de recourir à des méthodes partiales, justifiées de leur seul point de vue, réalisant ainsi un rétrécissement du champ visuel, rétrécissement qui s'accompagne souvent d'une vision plus aiguë, plus approfondie d'un aspect particulier de la réalité. Les erreurs nombreuses,