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L'on ne s'étonne plus aujourd'hui lorsqu'on entend parler de la psychanalyse d'une œuvre d'art ou d'un artiste ; il est admis que celui-ci, littérateur, peintre, sculpteur, musicien, doive une partie de son talent ou de sa vocation à des motivations inconscientes ; au contraire, l'homme de science, et en particulier le mathématicien, est généralement épargné par la curiosité du psychologue : le caractère « objectif » de la science est sans doute pour beaucoup dans cette-inégalité ; puisque la science est impersonnelle, comment la rattacherait-on à la personnalité de ses créateurs ? Et puis, les mathématiques se défendent par leur aridité, qui semble défier l'analyse psychologique : c'est un lieu commun de dire qu'elles sont desséchantes, qu'elles ignorent le sentiment. Pourtant, mis à part tout jugement normatif, le mathématisme apparaît comme une attitude intellectuelle parmi beaucoup d'autres, justiciable, comme les autres, de tous les modes d'investigation psychologique ; et c'est ainsi que l'épistémologie doit compter avec la psychanalyse. Celle-ci fournit déjà, à cet égard, divers éléments d'information, que nous voudrions grouper ici, afin de chercher s'il s'en dégagé une vue d'ensemble.
Notons dès l'abord une apparente dualité dans notre sujet : les mathématiques supposent un mathématicien qui les exerce ; on peut donc se proposer d'étudier le mathématicien en tant qu'homme, d'après les biographies de mathématiciens célèbres ; sa forme de caractère, son genre de vie, ses habitudes ou ses manies, pourraient ainsi être passés au crible. Mais on peut aussi s'intéresser à l'œuvre mathématique, considérée comme expression de la personnalité, et voir surtout chez le mathématicien les tendances proprement mathématiques qui se donnent libre cours dans son activité professionnelle. Il ne s'agirait plus tant d'une psychanalyse du mathématicien que