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On connaît la faute qui valut à Orphée la perte de son Eurydice. Lors de sa remontée des enfers avec elle qui le suivait, il ne put résister, avant d'avoir rejoint le royaume des vivants, à la tentation de la revoir et, malgré les défenses de Hadès, il se retourna en chemin. Eurydice alors s'évanouit et rentra au royaume des ombres. Ainsi Virgile, Ovide, et avant et après eux beaucoup d'autres, nous ont transmis le mélancolique mythe hellénique de l'époux frustré de par trop d'impatience amoureuse.
Le rêve d'une femme, que j'eus l'occasion de recueillir au cours d'une analyse, est intéressant à en rapprocher. Tel il fut noté par la rêveuse elle-même:
« Je descends les escaliers de l'ancien hôtel de mon père, vers les écuries en bas. Il fait sombre. Elle me suit, la jument blanche. Je ne me retourne pas pour voir si elle me suit bien. Aussi la perdais-je en route. En bas, je rencontre Christian, notre vieux cocher, qui connut ma mère. J'ai un sentiment de culpabilité par rapport à la jument blanche, laquelle là-haut, à ma place, habitera mes appartements et mon cabinet de toilette. »
La rêveuse était orpheline de mère. Sa mère était morte un mois après sa naissance, d'une embolie. C'est son père, qu'elle adorait, qui l'éleva. Ainsi le destin avait réalisé les désirs œdipiens de la petite fille, en éliminant d'emblée sa mère.
L'enfant avait souvent entendu conter le drame de la mort maternelle. Sa mère étant morte pour lui avoir donné la vie, elle en avait conçu un profond sentiment inconscient de culpabilité. Ne l'avait-elle pas tuée ? N'avait-elle pas profité de cette mort, puisque le père lui demeurait ? Maint rêve ou fantasme de cette femme témoignait de cette culpabilité œdipienne précoce, survivant au cours des ans.
Jeune fille, la rêveuse avait vraiment possédé et monté une jument blanche, qu'à cause de sa robe on appelait Blanchette. C'était alors le piqueur de son père qui lui enseignait l'équitation. Ce même homme