You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
On sait comment, dès le début de l'histoire du mouvement psychanalytique, Freud et ses premiers disciples s'intéressèrent, à côté des préoccupations cliniques, à l'interprétation des phénomènes culturels. Il est devenu courant, depuis, de distinguer dans les études psychanalytiques, celles qui s'orientent dans le champ des « sciences de la nature », et celles qui pénètrent dans le champ des « sciences de l'esprit ». Plus spécialement, c'est dans le domaine de l'histoire des religions qu'entrera cet essai. Le Manichéisme est la religion fondée par Mani, en Mésopotamie, au IIIe siècle de notre ère. Il s'établit, philosophiquement et psychologiquement, sur la distinction rigoureuse de deux principes d'être co-éternels, antagonistes et irréductibles l'un à l'autre, l'un divin et foncièrement bon, l'autre mauvais et diabolique, chacun subsistant par soi-même et indépendamment de l'autre. Mais à la suite d'une catastrophe originelle précosmique se produisit un mélange de bien et de mal, ou, d'après la symbolisation manichéenne, de Lumière et de Ténèbres. Tout mal sous son aspect existentiel, dans le monde comme dans l'homme, provient de ce mélange. Tout le processus du salut, et par conséquent la morale, procéderont dès lors de l'intention de restaurer la séparation primitive, en rejetant la substance ténébreuse du « mal » hors d'un soi réduit à ses seuls éléments constitutifs « bons » et lumineux.
Doué d'une force d'expansion remarquable, le Manichéisme parvint, dans le monde occidental, jusqu'en Afrique du Nord où l'on se rappelle que saint Augustin y adhéra pendant dix ans, et poussa en Orient jusqu'aux provinces maritimes de l'Empire chinois. Persécuté