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Il s'agit d'un homme jeune — appelons-le Dominique — venu à l'analyse pour tenter d'échapper à la situation déplorable dans laquelle il se débat depuis plusieurs années.
Au cours des premiers entretiens, Dominique est fébrile et visiblement inquiet. Cependant, c'est en termes mesurés qu'il décrit très objectivement sa situation et son comportement. L'élocution est rapide et précise, le ton souvent véhément, l'attitude ironique et désinvolte.
Il parle de son existence désorganisée, de son instabilité foncière, qui rend inefficace toute velléité d'action, dès que la possibilité d'une réussite menace de troubler l'état de misère et de sous-alimentation soigneusement entretenu.
Il dort le jour et court la nuit. Il mange fort peu : il dispose en effet de moins de 10.000 francs par mois pour vivre, et partage encore ce qu'il a avec des amis dont la situation est plus catastrophique, s'il se peut, que la sienne.
Il souffre fréquemment de nausées et de brûlures d'estomac, qu'il attribue en partie à sa nervosité, en partie à un régime alimentaire désastreux : pendant des mois, il s'est nourri exclusivement de harengs-saurs — choix singulier, dont il sera question au cours du traitement.
Il ne supporte pas d'être invité à des repas plus substantiels : ou bien il se dérobe sans raison aux invitations de ses amis ; ou bien il assiste au repas, mais ses crampes d'estomac lui coupent l'appétit ; ou bien enfin, s'il a par hasard accepté de manger, il lui est impossible de digérer normalement son repas.
De même, dès que qui que ce soit dans son entourage s'avise de vouloir intervenir utilement pour changer cet état de choses, Dominique mobilise pour l'en empêcher toutes les ressources de son esprit : tantôt il déploie une incroyable activité pour détourner de son but