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Zilboorg replace d'abord le travail de Freud sur le procureur Schreber dans son contexte historique, à l'apogée de la psychiatrie kraeplinienne, au moment où Bleuler introduisait le concept de schizophrénie. Freud, qui s'intitulait lui-même au début « neuropathologue » s‘était intéressé, par les nécessités de la clientèle privée, aux névroses. Mais il a toujours considéré que la théorie des névroses appartenait à la psychiatrie et que les psychoses constituaient un terrain d‘élection pour la psychanalyse.
A vrai dire, la formation psychiatrique de Freud, sous la direction de Meynert qui tenait à une psychiatrie purement descriptive, de prétentions lésionnelles, ne semble pas avoir été très intensive. Elle explique l'orientation anatomo-physiologique de Freud. Ce dernier ne semble pas avoir lu beaucoup d'ouvrages philosophiques dans sa jeunesse ; toutefois, il était très friand de Platon et de la dialectique socratique. Cependant, Freud, avec son matérialisme sévère, sa conception de l'unité psychique, est plutôt aristotélicien. On voit ici l'influence de son maître en philosophie, Brentano, ancien prêtre catholique. On peut dire en résumé que Freud, au commencement de sa carrière, se soumettait au langage de la psychiatrie traditionnelle, mais ne le possédait pas intégralement.
C'est dans ces conditions qu'on conĉoit qu'il put présenter cette idée révolutionnaire que les idées délirantes ont un sens, au lieu de se contenter de les décrire. Il devait agir avec précaution pour affirmer, comme il le fit pour le cas de Schreber, une telle idée, à un moment où Meynert affirmait que la catatonie de Kahlbaum était une conséquence d'une méningite de la base du cerveau. D'ailleurs Kraeplin, qui créa la psychiatrie nosographique, est un contemporain de Freud.
On comprend aussi pourquoi Freud a pu prendre de telles libertés avec la nosologie psychiatrique. Il ne s'intéressait qu'aux mécanismes endo-psychiques dont les descriptions qu'il a données restent toujours valables (narcis