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Peu de temps avant sa mort, Ch. Odier m'avait écrit, me demandant si je ne publierais pas un travail, plus important que mes articles habituels, concernant ce que je pensais du rôle de l'insécurité dans les névroses.
Je dédie à sa mémoire ce rapport en remerciant la Société psychanalytique de Paris de m'en avoir donné l'occasion.
Il n'est nul besoin de commencer cet exposé par une définition de la sécurité vers laquelle, chez n'importe quels êtres vivants, convergent tous les actes, en vue soit de sa recherche, soit de son maintien. Les aspirations et démarches qui tendent à cette recherche ou à ce maintien peuvent même être considérées, dans un sens très large, comme la principale activité — sinon la seule — dictée par l'instinct de conservation, tant de l'individu que de l'espèce.
Aussi, le besoin de sécurité, banal en soi, ne pourrait faire l'objet d'une étude particulière et ne poserait aucun problème intéressant. Quant au sentiment de sécurité, on pourrait dire qu'on ne s'en aperçoit guère car, inconscient à l'ordinaire, il est comme l'état de bonne santé physique auquel on ne pense que lorsqu'il est perturbé ou lorsqu'il vient de se rétablir après avoir été compromis.
Les critères d'une fin d'analyse sur lesquels S. Nacht a récemment ouvert un très fructueux débat à la Société psychanalytique de Paris (1) paraissent représenter, en détail, ce que serait globalement le sentiment de sécurité existant chez un individu sans intervention d'un facteur extérieur. Disons plutôt l'absence de sentiment d'insécurité car, ainsi que l'a dit M. Benassy (2) dans sa contribution au débat, les critères de santé psychique ont un caractère négatif.
J'aborderai la question qui me préoccupe aujourd'hui par quelques considérations relatives au sentiment d'insécurité qui, fonctionnellement, est un signal d'alerte incitant l'individu à réagir contre une situation sentie comme périlleuse, à tort ou à raison, signal d'alerte incitant à rétablir l'état de sécurité.