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En novembre 1915, en cette seconde année de la première guerre mondiale, alors que les mensonges, les cruautés, les destructions de la barbarie guerrière régressive navraient quiconque avait osé croire à la continuité du progrès humain, et avaient déjà inspiré à Freud ses considérations désabusées sur la guerre et la mort, Freud, sollicité par le Berliner Gœthesbunde, écrivait pour le volume intitulé Das Land Gœthes (Le pays de Gœthe), le petit essai suivant que l'esprit olympien de Gœthe, planant si haut au-dessus du retour périodique des barbaries humaines, n'eût pas désavoué :
« Je me promenais, voici quelque temps, avec un ami taciturne et un jeune poète, déjà célèbre, par un glorieux jour d'été. Le poète admirait la beauté de la nature environnante, mais sans pouvoir s'en réjouir. Il se sentait troublé par la pensée qu'une telle splendeur était vouée à passer, qu'en hiver elle aurait disparu, et que, de même, aurait passé tout ce que l'homme avait créé et créerait de beau et de noble. Tout ce qu'il aimait et admirait lui semblait dévalorisé d'avance de par le destin fugitif auquel il se trouvait voué.
Nous le savons : deux attitudes psychiques opposées peuvent émaner d'une telle prise de conscience de la caducité de tout ce qui est beau et grand. L'une conduit au douloureux dégoût vital du jeune poète, l'autre à la révolte contre la constatation de ces faits. Non, ce n'est pas possible, que toutes ces splendeurs de la nature et de l'art, de notre monde intérieur comme autour de nous de l'univers, puissent