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L'œuvre de Freud peut passer pour déconcertante ; alors qu'elle apparaît en certains de ses aspects comme d'inspiration quasi mystique — en particulier tout ce qui postule la conservation dans notre mémoire de souvenirs d'événements et de figures millénaires : scène primitive, meurtre du père, parents castrateurs et dévorants, animaux prédateurs de l'homme (1) — par d'autres au contraire — ceux qui se rapportent à la quantité d'énergie des instincts, à l'économie pulsionnelle — elle semble trahir des convictions assez grossièrement mécanicistes. Ce court exposé a pour but de légitimer l'usage, côte à côte, dans le système psychanalytique, de ces concepts de nature si différente et de montrer qu'ils sont organiquement liés ensemble.
Il nous est apparu que bien des successeurs de Freud, pour ne pas les avoir gardés tous à la fois, ont au moins limité et faussé leurs perspectives théoriques, si toutefois la valeur clinique de leur apport n'en a pas été amoindrie.
Le psychanalyste doit fidèlement rendre compte de toute la réalité psychique. Par exemple, ce serait la mutiler que de la réduire strictement au sujet sans référence à l'objet réel extérieur ; or n'est-ce pas là justement ce qu'on fait en présentant, de manière plus ou moins implicite, l'objet comme une émanation, une sécrétion, une « projection » du sujet ? C'est pourquoi nous nous attacherons à montrer que la notion de mémoire atavique répond à la nécessité de poser l'objet d'emblée en face du sujet, l'un et l'autre comme, en quelque sorte, contemporains.
Si l'instinct est héréditaire, le souvenir de certaines « impressions du dehors » (2) l'est également, et peut-être aussi celui de certains actes qui nous ont mis dans un passé reculé en rapport décisif avec nos proches ou les ennemis de notre espèce. La persistance de ces impressions, sous une forme potentielle que nous ne pouvons nous représenter et