You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
C'est en 1939, à Londres, chez Freud qui, chassé de Vienne par l'entrée de Hitler, avait reçu un accueil si chaleureux en Angleterre, que je rencontrai pour la première fois John Rodker.
Dès l'abord, sa personnalité me fut sympathique, son charme, sa douceur, qui n'excluait pas la fermeté, et qu'exprimait si bien la blondeur de son visage pâle et allongé. Dans ses yeux clairs et profonds, on sentait avec quelle flamme il se vouait aux causes qui lui en semblaient dignes.
Né à Manchester le 18 septembre 1894, il était venu à Londres à six ans. C'est là que, tout en aidant son père, qui tenait dans le East End un magasin de corsets, il fréquenta l'école. A quatorze ans ayant dû la quitter, sa soif de connaître le poussa, la journée de travail finie, à fréquenter les cours du soir. Là, il se familiarisa avec les langues française et allemande et apprit les rudiments des sciences naturelles. Il s'intéressa aussi à l'art de l'imprimerie. Devenu fonctionnaire (civil service), sa vocation littéraire commença de s'affirmer : il employait ses loisirs à écrire des poèmes. Durant la première guerre, ses convictions pacifistes en firent un objecteur de conscience, ce qui nous valut l'un des beaux livres qu'il nous a donnés, tout plein d'observations vivantes : Mémoires d'autres fronts.
Il publia dès 1914 ses Poèmes, en 1920, des Hymnes, en 1923, son roman Montagnes russes, paru en français avec une élogieuse préface d'Edmond Jaloux; en 1926, Dartmoor', en 1929, Trains ; et Adolphe 1920, qu'il préférait à tous ses autres livres. Tous cependant reflets de sa nature à la fois réservée et ardente, intelligente et douce.
Aussi ses amis et admirateurs, tant en Angleterre qu'en France, où il en avait tant, regrettèrent-ils que, dans la seconde partie de sa vie, il laissa tarir cette veine créatrice.
Alors, se détournant de la création personnelle, il se consacra à publier et faire connaître les œuvres des autres.