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J'apprécie infiniment l'honneur que l'on m'a fait en m'invitant à parler de Freud, en cette année mémorable; toutefois, j'avoue être pleinement conscient de la responsabilité que cela comporte. Nous nous rappelons tous qu'un siècle s'est écoulé depuis la naissance de Freud. L'importance de ce fait et les profondes réflexions qu'il doit suggérer sont autant de points dont j'aurai l'occasion de parler ailleurs, aussi me contenter ai-je d'envisager ici un seul aspect de la personnalité de Freud.
J'ai choisi le titre de ma conférence en raison de sa brièveté, mais il eût été plus modeste et plus exact de l'intituler : Quelques facteurs conditionnant la mise en œuvre de certaines formes de pensée productive. Vous me permettrez de le modifier dans ce sens.
Il existe une littérature extrêmement abondante sur le sujet dénommé par Ostwald, « Géniologie », et il faudrait un gros volume rien que pour la résumer. Ce n'est certes pas le lieu de tenter une compilation de ce genre, mais il est bon de s'étendre un peu sur l'utilité toute relative de bon nombre de tentatives faites pour résoudre le problème du génie. J'attribuerai cela en grande partie à l'attitude affective d'ambivalence si courante lorsqu'on aborde ce sujet. On a eu raison de dire que : « Un sort plane sur la conception même du génie ; quiconque en approche est pris dans une orbite ténébreuse d'adoration et de mépris, d'idolâtrie et de dédain, de profondeur et de superficialité (3). » D'un côté se trouvent ceux qui s'identifient de façon narcissique et dithyrambique avec les génies, ce qui leur permet de chanter leurs propres louanges sous le couvert de l'adoration. Le marquis de L'Hôpital a