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On se demande, en lisant ce livre où déjà se devine, ébauché, le génie du chercheur et sa passion, lequel des deux hommes eut le plus de chance: le plus jeune, qui pressentit dans la trouvaille fortuite de l'aîné la voie nouvelle qui devait le conduire à des découvertes rententissantes; l'aîné dont le nom, grâce à Freud, est aujourd'hui universellement connu et admiré.
Car, à la vérité, le nom et l'œuvre de Joseph Breuer méritaient de survivre. Celui-ci ne fut pas seulement un excellent praticien, apprécié par une vaste clientèle, mais encore un esprit original et informé, dont les travaux de physiologie étaient des contributions scientifiques de valeur.
Ce fut au laboratoire de Brücke que les deux hommes se rencontrèrent et leur amitié, malgré la différence d'âge, devint étroite et fidèle.
C'est ainsi que Breuer fut amené à parler à Freud d'un cas d'hystérie qu'il avait traité de 1880 à 1882. Il s'agissait de Fraulein Anna O… (2), restée fameuse dans l'histoire de la psychanalyse, puisque c'est à partir de cette observation et du traitement appliqué à cette malade par Breuer que Freud eut l'intuition des mécanismes psychologiques profonds de l'hystérie.
Dans son autobiographie Freud raconte que Breuer lui avait lu à de nombreuses reprises des fragments de cette observation et qu'il ne pouvait se défendre de l'impression qu'il s'agissait d'une découverte capitale.
Entre temps, Freud partit pour Paris où il essaya, sans succès, d'intéresser Charcot à la découverte de Breuer.
De retour à Vienne, Freud n'avait pas oublié Anna O…, et la méthode dite cathartique de Breuer trouva pendant quelques années, entre les mains de Freud, une application régulière.
Lorsque Freud se rendit compte de la valeur pratique du procédé, des conséquences théoriques originales qu'il impliquait, il n'eut de cesse qu'il ne persuadât Breuer de collaborer, à une publication conjointe de leurs travaux.
Cette idée ne parut guère sourire, de prime abord, à celui qui pourtant avait découvert la méthode. En