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S'il m'est permis d'adresser aujourd'hui cet hommage à Sigmund Freud alors que me séparent de lui: la nationalité, la langue, les traditions religieuses et culturelles, l'atavisme ethnique et, puisque je ne l'ai jamais rencontré, irrémédiablement la mort — si néanmoins mes amis ont pu me faire le grand honneur de me désigner pour apporter à sa mémoire ce tribut, alors que quelques-uns d'entre eux l'ont vu, lui ont parlé, ont reçu son enseignement de sa bouche et que certains même l'ont connu par ce mode mystérieux de connaissance dont le patient dispose à l'endroit de son psychanalyste à condition que ses désirs et ses craintes ne parviennent pas à l'aveugler tout à fait — si cette tâche m'a été malgré tout confiée c'est, pensera-t-on, parce que l'œuvre de Freud est scientifique et à ce titre, en raison même de sa valeur, parfaitement impersonnelle.
Cette œuvre est-elle davantage qu'une immense contribution, parmi beaucoup d'autres, à un savoir que de nombreux chercheurs dispersés dans le temps et dans l'espace ont progressivement enrichi, et qui reste aussi un en son fond que tout autre savoir? Dans ce vaste ensemble des théories psychologiques dont l'origine remonte très haut dans le passé, mais que le siècle précédent et le nôtre semblent avoir si prodigieusement agrandi, n'a-t-elle pas désormais pris sa place à la suite de l'associationnisme et de la psychophysique, entre le behaviourisme et le gestaltisme, juste avant la psychologie des cybernéticiens, toutes ces approches s'éclairant, se corrigeant et se complétant mutuellement? Affectées à l'élucidation d'une même vérité, ces « perspectives » diverses mais de même niveau ne seraient en définitive que les éléments potentiels d'une synthèse à venir, synthèse qu'une nouvelle interprétation des faits, de nouvelles théories plus compréhensives, l'alignement des