You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Louisette, ravissante fille de 21 ans, entre dans mon bureau, avec une grâce à la fois timide et étudiée. Elle me tend un petit grimoire dactylographié : il s'agit d'une analyse graphologique provenant d'un de ces instituts qui mettent la psychologie en bouteilles. Le texte, truffé de jargon psychanalytique mal digéré, est à peu près illisible. Mais cette lecture a plongé la jeune femme dans la consternation : le graphisme n'est pas bon et prouve l'existence d'un déséquilibre psychique.
« D'ailleurs, ajoute Louisette, ça ne m'étonne pas : je n'ai jamais été heureuse et je suis frigide. » Cet abord psychologique du problème m'enchante, puisque la phrase consacrée : « Docteur, je suis frigide, c'est une question de glandes, donnez-moi des hormones », m'a été pour une fois épargnée.
Mon premier réflexe de graphologue amateur est de regarder l'écriture qui paraît en effet mauvaise : sous un tracé inesthétique et mal ordonné, on découvre les signes d'une intelligence médiocre, d'une personnalité pauvre à la fois puérile, vaniteuse et douloureusement contractée ; les traits agressifs écorchent le papier.
Naturellement, je me garde de faire part à l'intéressée de ces constatations et j'insiste sur les quelques qualités de spontanéité, de chaleur de cœur et de courage que j'y trouve. Pour rassurer la patiente, je détruis en deux mots le prestige des instituts de graphologie et demande à Louisette de me confier ses inquiétudes actuelles.
Elle s'exprime avec une facilité qui contraste avec les traits primaires de l'écriture.
Elle est actuellement fiancée avec un étudiant en droit de 24 ans, qu'elle doit épouser en juillet. Elle apprécie son fiancé et se réjouit d'entrer dans une famille bourgeoise d'un milieu très supérieur au sien. Sa future belle-famille l'a accueillie avec bonté. Elle rêve de posséder