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On fait un tort irréparable à la personne qu'on aime trop.
Dans son Journal d'un fou, œuvre posthume écrite en 1884, Tolstoï raconte l'histoire d'un propriétaire terrien qui, vu son état mental, fut examiné par une commission de médecins. Ayant discuté son cas, les médecins conclurent qu'il n'était pas fou, mais affligé d'une sensibilité maladive. Ils aboutirent à cette conclusion parce que le patient avait réussi à se contenir pendant l'examen: il avait peur, en effet, de la maison de fous, peur qu'on l'empêchât d'accomplir son «œuvre de fou». Lui-même pourtant savait qu'il était fou. Tolstoï nous raconte comment il perdit la raison et comment il «trahit» sa folie.
Au temps de sa première enfance, il lui était déjà arrivé de ressentir des phénomènes analogues à ceux qu'il éprouvait maintenant, mais il s'agissait alors de crises passagères et non d'un état permanent comme à présent. Ses premières crises d'angoisse se produisirent à l'âge de cinq ou six ans. Couché dans son petit lit, il songeait: «J'aime ma niania (1), ma niania m'aime, et elle aime Mitignka, et moi j'aime Mitignka, et Mitignka m'aime et il aime ma niania. Et Tarass lui aussi aime ma niania et moi j'aime Tarass, et Mitignka l'aime aussi. Et Tarass m'aime et il aime ma niania. Et maman m'aime et elle aime ma niania. Et ma niania aime maman et papa et moi. Tout le monde aime et tout le monde est heureux.»