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C'est une vérité bien connue de nous tous, psychanalystes, que l'homme est animé par deux aspirations fondamentales et opposées: l'une, positive, le pousse à aimer, à unir, à construire — l'autre, négative, l'incite à haïr, à séparer, à détruire. Ces besoins opposés s'entremêlent chez un même individu ou cheminent parallèlement, quand ils ne se substituent pas les uns aux autres, ainsi que l'un de nous le rappellera ici même à propos des états dépressifs (2).
Ces mêmes aspirations contradictoires se manifestent, comme chacun sait, dans la relation transférentielle où elles reproduisent une relation vécue jadis sous le double signe de ces alternances déchirantes, dans un monde où le sujet et l'objet avaient déjà leur existence propre, séparée.
Mais il arrive qu'au cours de l'analyse nous touchions parfois une région plus profonde, plus secrète, plus immuable du psychisme, caractérisée par un besoin intense d'union absolue; ici l'individu semble ne plus chercher rien d'autre qu'un retour à un monde originel où la séparation n'existait pas encore. Il semble que la peur, mère de tous les malheurs de l'homme, n'ait commencé pour lui qu'avec ce sentiment de séparation, et qu'il garde cette soif de retrouver l'état d'union, de paix, de plénitude — état pré-objectal par excellence, désir profond de n'être qu'un avec l'objet, d'être fondu en lui.
Les philosophes de tous les temps ont reconnu ce besoin fondamental d'union qui est en l'homme, chacun l'interprétant selon la vision qui lui est propre — qu'il s'agisse de la très ancienne philosophie chinoise d'un Lao-Tseu, de la philosophie pré-socratique d'un Héraclite ou de certains