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Maurice Bouvet est mort. Nombreux sont ceux qui ont perdu un maître et plus d'un élève ressentira à travers son deuil ce que la mort de cet homme a d'exemplaire.
En celui qui a été privé d'un être cher ou d'un idéal, le travail du deuil vise, dit Freud, à l'acceptation de la réalité de sa perte et à son remplacement. Ce travail est d'autant plus long et douloureux que ce qui a été perdu était plus précieux et irremplaçable. Ainsi celui dont le deuil consécutif à la mort de Maurice Bouvet aura été bref et accompli au prix d'un travail pénible sans excès, pensera que ce qu'il a perdu ne lui était ni trop cher ni trop indispensable. Mais, réalisant l'intensité et la netteté de la survivance en lui de la parole du maître disparu, sans que cette présence provoque de douleur, il sera amené à comprendre qu'il a peu perdu parce qu'il lui est beaucoup resté.
La pesée du deuil qui reconnaît et comble une perte aboutit, dans la mesure où elle ne se résout pas dans la réaction négative de l'oubli conscient, à conserver le souvenir du défunt comme un appauvrissement, comme une ombre douloureuse évoquée non sans un certain sentiment de culpabilité et de besoin de réparation. Ce travail est nécessaire dans toute la mesure où la mort a mis fin à ce mode de relation où l'amour visait à posséder l'autre pour en user comme d'une partie de soi-même sans laquelle on ne serait rien. Mais si le deuil proprement dit aboutit à combler tant bien que mal une perte, il s'y manifeste aussi une autre action qui révèle un enrichissement. Au delà du plaisir perdu d'un échange fructueux, au delà de la facilité de vouloir imiter un maître dans le but fallacieux d'être à son image, cette action aboutit à l'enrichissement d'un héritage qui dans le dépassement de la relation effective de l'élève au maître, assure sa continuité. Cette action qui, au delà du deuil, dégage une permanence positive et ne laisse comme tristesse que le regret de ce qui se trouve achevé, se réalise dans toute la mesure où la rel