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De toutes les grandes découvertes de Freud, aucune n'avait suscité autant de controverses et de polémiques au sein du mouvement psychanalytique. De toutes les idées défendues par Freud, celle de l'existence d'un instinct de mort est la seule qui n'ait pas été unanimement admise et qui séjourne toujours au Purgatoire des idées suspectes.
Aujourd'hui encore, quarante ans après que Freud eût pour la première fois formulé sa thèse, l'opinion psychanalytique reste divisée et incertaine quant à la vérité et à la valeur de la théorie des deux instincts.
Pour Freud [4], en 1920, l'existence de deux instincts primordiaux est encore une simple hypothèse qu'il n'avance qu'avec une extrême prudence et dont il indique clairement le caractère spéculatif : « Je ne saurais dire moi-même, écrivait-il, dans quelle mesure j'y crois. Ce qui suit, ajoutait-il, doit être considéré comme de la pure spéculation, comme un effort pour s'élever bien au-dessus des faits, effort que chacun selon sa propre attitude, sera libre de suivre avec sympathie ou de juger indigne de son attention. »
On a l'impression que Freud veut pousser jusqu'au bout toutes les conséquences logiques de son intuition et se faire, comme il l'a dit lui-même, l'avocat du diable. Cependant, au fur et à mesure du développement et de l'approfondissement de la théorie des deux instincts, celle-ci tend à s'intégrer organiquement à l'ensemble de la doctrine freudienne dont elle devient la clé de voûte métapsychologique. Nous savons que cette hypothèse a exercé une grande séduction sur l'esprit de Freud pour de multiples raisons, parmi lesquelles il nous importe