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Au sens le plus général, le travail, tel que le conçoit Freud [2] (et je m'occupe ici du travail seulement au sens psychologique), est l'énergie mentale ou l'effort déployés dans la recherche d'un but ou d'un objectif au moyen de la mise en œuvre du principe de réalité, et en dépit des exigences du principe de plaisir (2). Si nous examinons de près cette activité, cependant, un certain nombre de traits importants réclament notre attention.
La mise en œuvre du principe de réalité amène une satisfaction à retardement plutôt qu'immédiate. Elle demande du discernement (au sens de jugement et non point au sens social), pour déterminer quelles lignes d'action aboutiront par la suite au meilleur résultat. Il faut faire preuve de discrimination et de jugement, et prendre des décisions. La décision contient l'incertitude de la sagesse du choix, et demande la faculté de supporter l'incertitude dans l'attente d'un résultat final, et d'un échec possible.
Cette incertitude cependant, remarquons-le, possède une qualité spéciale. L'usage du discernement dépend du fonctionnement mental inconscient autant que conscient, d'une possibilité de synthétiser les idées inconscientes et les intuitions pour les rendre conscientes. Il n'est pas surprenant, donc, de trouver au cœur de cette incertitude une angoisse : l'anxiété suscitée par la dépendance du succès de la cohérence et de la valeur de la vie psychique inconsciente.
J'ai pu confirmer ces conclusions par mes travaux de psychanalyse sociale dans les usines, dont j'ai déjà parlé [6]. Au cours de ces études deux composantes majeures du travail furent isolées : tout d'abord, les obligations, lois, coutumes, ressources, instructions, règles et règlements,