You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Nous connaissons la magistrale étude critique de Freud consacrée à Gradiva, qui consiste en l'application de la méthode psychanalytique à une œuvrelittéraire et qui montre clairement que les personnages d'un récit fantastique sont sujets au même dynamisme motivant de l'inconscient que tout être vivant, dépassant ainsi les limites d'une psychopathologie individuelle pour agir selon les données contenues dans une psychologie analytique dont la métapsychologie fournit le langage.
C. L. Musatti a réuni avec bonheur dans un seul volume le texte original de Jensen, le commentaire de Freud, et une analyse personnelle particulièrement attrayante de ces deux ouvrages.
Expliquant pourquoi il pense que Freud a, par discrétion, évité d'appliquer son analyseà la personne même de Jensen, Musatti reprend l'échange de letters entre les deux auteurs et tente, après une schématisation analytique de la psychologie de Norbert Hanold, de déduire les rapports entre le héros et Jensen lui-même. Il arrive à des rapprochements séduisants mais qui sont trop limités pour emporter la conviction, d'autant plus que Hanold apparaît comme un individu dont les caractéristiques perverses prégénitales et les traits hystériques ou psychotiques font de son identification à Jensen une entreprise qui mérite la plus grande prudence.
C'est alors que grâce à un autre récit de Jensen, Licaena Silene, paru en 1885 et rapporté dans le présent ouvrage, Musatti soudainement nous éclaire et rend sa recherche pleine d'un nouvel intérêt. Vingt ans après Gradiva, l'autre héros de Jensen, Ewald Nordmann, est également amoureux sans s'en rendre compte, d'une jeune fille aussi charmante que pudique, Silène. Silène, comme Gradiva, est la fille d'un professeur austère, collectionneur de papillons, aussi distrait des choses de l'existence que passionné pour ses recherches. Ewald, comme Norbert, est un jeune savant, brillant mais timide ; bref, les points communs sont nombreux, et le happy end identique, sans qu'Ewald ait à s