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André Berge a écrit un livre de psychologue et de psychanalyste et non de moraliste. Il oppose la morale moralisante et la morale psychologique, tout en estimant « que les conditions de la vie humaine exigent que l'homme dispose d'un appareil moral qui est au service d'une fonction naturelle, mais dont le rôle ne se borne pas à permettre à l'individu de mieux s'intégrer dans la société, puisque, par l'entremise de quelques individus (saints, héros ou philosophes), il contribue également à acheminer la société elle-même vers des conceptions éthiques plus évoluées ».
Après avoir étudié les données de cette morale psychologique, les élaborations des contenus de conscience qu'elle suppose et les facteurs qui peuvent aboutir à sa détérioration, l'auteur consacre deux chapitres de son ouvrage à l'étude d'une nouvelle catégorie, celle des maladies de la vertu. Il renvoie dos à dos les exigences narcissiques et les exhibitions d'abnégation qui sont elles-mêmes sous-tendues par l'hypertrophie du Moi. André Berge en arrive évidemment à poser la question si souvent traitée, et en particulier par La Rochefoucauld, de l'égoïsme pour expliquer notre comportement altruiste. Nacht a souvent dit que pour aimer les autres il faut s'aimer soi-même, mais que pour s'aimer soi-même il faut aussi aimer les autres.
C'est aussi une maladie de la vertu, nous dit Berge, que de vouloir trop s'identifier à l'autre ou de vouloir trop participer à ses soucis. Là encore, la psychanalyse nous donne le bon exemple lorsqu'elle invite le psychanalyste à limiter ses identifications et à réaliser le meilleur insight par l'empathy, qui ne doit pas devenir de la sympathie, surtout au sens étymologique du mot.
Analysant le sacrifice dans le cycle péché-pénitence-sacrifice, l'auteur en montre le sens historique. Il étudie sous le même angle l'ascèse qui touche finalement au masochisme : le stoïcien se rapproche alors paradoxalement de l'hédoniste. Là encore, le masochisme touche à un narcissisme exagéré. C'est