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Dans son bref travail Tout passe (1915), Freud raconte une excursion à pieds qu'il avait faite vers la fin de l'été dans les Alpes en compagnie de deux de ses amis, un poète et un philosophe. Les fleurs sauvages étaient particulièrement belles, mais ses deux amis ne pouvaient goûter cette beauté car bientôt les fleurs mourraient de froid. Freud essaya de les réconforter en leur faisant valoir que cette beauté n'était pas diminuée par son caractère éphémère, et que de belles fleurs reviendraient avec le prochain été. Mais aucun des deux hommes ne put être consolé par ces considérations rationnelles. Freud méditant après coup sur le pourquoi de cette attitude, se rendit compte que ses amis ne pouvaient prendre aucun plaisir à la beauté des fleurs, ni être consolés du chagrin occasionné par la brièveté de leur vie, parce qu'ils ne pouvaient pas ressentir de deuil.
C'est vrai ; c'est cela qu'ils ne pouvaient, ou ne voulaient pas faire. Que firent-ils alors ? La réponse à cette question est la suivante : ils se mirent en colère. Ils ne pouvaient accepter la réalité douloureuse de la mort des fleurs, qui leur rappelait qu'eux-mêmes étaient éphémères, et ils ne pouvaient pas non plus modifier la réalité. En eux, à ce point, survenait une défaillance de leur intégration, et la voie des désirs de l'esprit se séparait de celle des faits de l'existence. Le fait de notre propre anéantissement inéluctable est pour notre narcissisme un coup