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En 1941, R.M.G. (1) décide d'entreprendre un nouveau roman :Les souvenirs du colonel de Maumort. Et, dans son Journal (2), il va recueillir la chronique de cette tentative qui durera jusqu'en 1950, et se soldera, à en croire l'auteur, par un échec. Les dernières notes des Souvenirs sont en effet : « Cette nouvelle tentative n'a donné aucun résultat satisfaisant. Mais du coup mes brouillons sont en morceaux ; en morceaux éparpillés… » (3),
Les éléments dont nous disposons — et dont j'userai — sont : d'une part, les Notes de travail de R.M.G. ; d'autre part, ce qu'il nous apprend de lui-même dans ses Souvenus. Tous éléments appartenant au domaine public, puisque délibérément publiés par R.M.G. Par contre le manuscrit des Souvenirs du colonel de Maumort est encore inédit, et nous connaissons de ce roman seulement ce que R.M.G. nous en révéla dans ses propres Souvenirs.
Le grand intérêt, pour le critique ou le psychanalyste, de cette tentative de R.M.G. tient dans le fait que le romancier a choisi délibérément d'appliquer une théorie : il veut, dit-il, dissocier forme et fond romanesques :
En novembre dernier, en lisant l'opuscule de Kleber Haedens, Paradoxe sur le roman (4) je notais ceci : toujours l'éternelle question de forme et de fond.
(1) J'écrirai désormais R.M.G. pour Roger Martin du Gard.
(2) Des extraits ont été publiés sous le titre : Souvenirs autobiographiques et littéraires, en introduction à ses Œuvres complètes parues dans l'Édition de la Pléiade (Gallimard).
(3) Souvenirs, p. CXL.
(4) Kleber Haedens écrit : « Nous nous sentons également incapables de donner dans la vieille distinction scolaire de la forme et du fond. La beauté, la profondeur du langage sont liées à la profondeur, à la beauté de la pensée… » Paradoxe sur le roman, p. 90, Sagittaire».
Page 301Haedens considère comme absurde qu'on puisse les dénouer. Et moi, je tiens mordicus qu'on le peut ; que je le fais; et il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire déclarer qu'on le doit…